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Jeudi 27 août, Félix Tshisekedi a fait ce que Kinshasa attendait depuis des mois : il a donné un nom, un calendrier et des règles à son dialogue national. « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État ». Le titre est long. Le contenu, lui, tient en quelques lignes claires et c'est justement ce qui coince avec une partie de l'opposition.
Comment on en est arrivé là
L'idée n'est pas nouvelle. Fin janvier déjà, lors de ses vœux au corps diplomatique, Tshisekedi se disait ouvert à un dialogue entre Congolais, à condition qu'il se tienne sur le sol national et sans les groupes armés proches de puissances étrangères. Une pique à peine voilée contre l'AFC/M23.
Mais entre une déclaration de principe et une convocation officielle, il s'est écoulé sept mois. C'est le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, qui a fini par annoncer le principe du dialogue à la mi-juillet, au nom d'une délégation religieuse reçue par le président. Début août, toujours aucune ordonnance de convocation. La coalition d'opposition C64 a alors posé un ultimatum : dialogue convoqué avant le 15 août, ou elle appelait à reprendre la mobilisation dans la rue.
Le 15 août est passé sans convocation. Tshisekedi, en déplacement à Libreville le lendemain, a promis un dialogue « différent de tous ceux qu'a connus ce pays », sans dire ni quand, ni comment, ni avec qui. Il aura fallu attendre encore onze jours pour avoir des réponses.
Trois crises qui se percutent
Ce dialogue n'arrive pas dans le vide. Trois dossiers brûlants se chevauchent en ce moment en RDC.
À l'est, la guerre contre le M23 continue malgré deux accords de paix signés en 2025 : un cessez-le-feu à Doha en juillet, un accord RDC-Rwanda à Washington en décembre. Ni l'un ni l'autre n'a vraiment fait taire les armes.
Sur le plan social, la situation est tendue : une grève des soignants a fragilisé la riposte contre Ebola en Ituri, et le même jour où il lançait son dialogue, Tshisekedi ouvrait aussi une campagne de solidarité nationale pour venir en aide à plus de 15 millions de Congolais en situation de vulnérabilité.
Et puis il y a la Constitution. L'opposition soupçonne la majorité de préparer une révision qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Tshisekedi, réélu en 2023. Soixante-cinq organisations de la société civile ont publiquement demandé au président d'abandonner tout projet de référendum. C'est ce soupçon-là, plus que tout le reste, qui explique la méfiance persistante d'une partie de l'opposition face à l'annonce du 27 août.
Ce que Tshisekedi a vraiment posé sur la table
Dans son adresse, le président a fixé une méthode précise. Le dialogue ne démarre pas à Kinshasa : il commence par des consultations dans les 26 provinces, avant de remonter vers des assises nationales dans la capitale. L'ensemble, du début à la fin, ne doit pas dépasser trois mois.
Sur la question des armes, aucune ambiguïté : pas de négociation politique avec le M23 ni avec aucun groupe ayant pris les armes contre l'ordre constitutionnel. « Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a-t-il martelé. Cette ligne dure répond aussi, en creux, à une demande de certains dans l'opposition qui voulaient associer au dialogue des figures comme Joseph Kabila, condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour complicité avec le M23.
Politiquement, en revanche, le président a voulu paraître ouvert : personne ne sera écarté pour ses opinions, son parti, sa province, sa langue, son ethnie ou sa religion. Sur les crimes les plus graves crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocide, violences sexuelles pas d'amnistie générale possible, a-t-il précisé.
Et sur le fond politique, la porte reste fermée à plusieurs scénarios que craignait le camp présidentiel : pas de remise en cause des résultats de 2023, pas de transition, pas de partage du pouvoir. Les institutions actuelles tiennent jusqu'aux prochaines échéances constitutionnelles, point final.
Deux camps, deux lectures
La majorité applaudit. Le député Olivier Katuala y voit un moyen de resserrer les rangs sans céder aux « agresseurs ». Vital Kamerhe, président de l'UNC, parle carrément de rupture avec les méthodes politiques du passé.
La C64, elle, reste sur sa faim. Pour la coalition, un vrai dialogue inclusif doit aussi traiter la question constitutionnelle et réunir tous les acteurs politiques, sans exception exactement ce que le gouvernement refuse de mettre sur la table. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a d'ailleurs été très clair : aucun compromis sur la souveraineté, l'intégrité territoriale ou les ressources naturelles du pays.
Résultat : pouvoir et opposition parlent du même mot, « dialogue », mais pas vraiment du même processus.
Ce qui peut faire dérailler le tout
Trois mois pour consulter 26 provinces dans un pays grand comme l'Europe de l'Ouest, avec des routes qui manquent cruellement dans plusieurs régions : le calendrier est serré, presque trop serré pour être pleinement crédible sur le terrain.
L'inclusivité promise, elle, va être testée en continu. La frontière entre « exclure les groupes armés » et « exclure des opposants gênants » sera surveillée de près, notamment par ceux qui voulaient une place pour Kabila ou pour des interlocuteurs proches du M23.
Et il reste ce désaccord de fond sur le périmètre du dialogue, jamais tranché : resserrement national face à la guerre pour Kinshasa, remise à plat de toutes les crises y compris constitutionnelles pour la C64. Tant que ce point n'est pas réglé, chaque étape du processus risque d'être contestée par l'un des deux camps.
Un pays qui a déjà vu ça
La RDC a connu d'autres dialogues nationaux, souvent en pleine crise, avec des résultats en demi-teinte. C'est justement pour se démarquer de ce passé que Tshisekedi a promis, dès le 16 août, un processus « différent ». Reste à savoir si les garde-fous annoncés pas de transition, pas de partage du pouvoir suffiront à convaincre ceux qui ont déjà vu ce film.
L'enjeu dépasse la politique pure. L'incertitude autour de la Constitution pèse sur la confiance des investisseurs, au moment même où la RDC négocie des partenariats stratégiques avec ses voisins, notamment l'Angola sur les hydrocarbures et l'électricité. Pour les 15 millions de Congolais visés par la campagne de solidarité nationale, la question n'est pas théorique : un dialogue qui apaise ou un dialogue qui envenime, ça se traduit concrètement dans leur quotidien.
Questions fréquentes
Le dialogue a été lancé quand, exactement ? Le jeudi 27 août 2026, lors d'une adresse à la nation.
Ça va durer combien de temps ? Trois mois maximum, consultations provinciales et assises de Kinshasa comprises.
Le M23 sera à la table ? Non. Tshisekedi a exclu toute négociation politique avec le M23 ou tout autre groupe armé.
Ça peut déboucher sur un changement de Constitution ? Le président a écarté toute remise en cause des résultats de 2023 et tout partage du pouvoir. Mais la question constitutionnelle reste un point de tension majeur avec l'opposition.
L'opposition soutient le dialogue ? Partiellement. La C64 juge les annonces insuffisantes, notamment sur l'inclusion du débat constitutionnel et la participation de tous les acteurs politiques.
Sources
- Présidence de la République Démocratique du Congo presidence.cd
- allAfrica.com, « Félix Tshisekedi exclut l'AFC-M23 du dialogue national inclusif », 28 août 2026 fr.allafrica.com
- CongoQuotidien.com, « Dialogue national en RDC : Tshisekedi fixe un cadre strict et limité », 28 août 2026 congoquotidien.com
- Focus Actu, « RDC | Dialogue national : 3 mois pour un pacte national », 27 août 2026 focus-actu.cd
- Yahoo Actualités / AFP, « RDC : Félix Tshisekedi annonce un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État », 27 août 2026 fr.news.yahoo.com
- Afrik.com, « Dialogue national en RDC : l'entente impossible entre pouvoir et opposition ? » afrik.com
- Beto.cd, « Dialogue national en RDC : Félix Tshisekedi va-t-il capituler face à l'ultimatum de l'opposition ? » beto.cd
- Strong2kin Moov, « Dialogue national : Tshisekedi promet un processus différent des précédents » strong2kinmoov.com
- Viralmag.fr, « Tshisekedi exclut le M23 du dialogue national en RDC » viralmag.fr
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