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Réélu pour un second mandat, Félix Tshisekedi a placé son action autour de six engagements : l’emploi, le pouvoir d’achat, la sécurité, la diversification économique, l’accès aux services de base et l’efficacité de l’État. En 2026, la question n’est plus seulement de savoir si cette vision est ambitieuse. Les Congolais veulent surtout mesurer ses effets concrets dans leur vie quotidienne.
Le temps politique avance vite. Les discours peuvent fixer un cap, mais seuls les résultats installent durablement la confiance. Pour le président de la République, l’enjeu consiste donc à transformer les annonces en emplois réels, en routes praticables, en écoles fonctionnelles, en centres de santé accessibles et en institutions capables d’exécuter les décisions prises à Kinshasa.
1. L’emploi : passer des promesses aux possibilités réelles
La création d’emplois occupe la première place parmi les engagements du second mandat. Ce choix correspond à une urgence nationale : une population jeune, nombreuse et entreprenante cherche des perspectives durables. Beaucoup de Congolais vivent encore de petites activités informelles, sans protection sociale, sans crédit abordable et sans stabilité.
Pour obtenir un changement visible, l’État doit aller plus loin que les recrutements publics. Il faut créer un environnement dans lequel les petites entreprises peuvent se déclarer, accéder au financement, vendre leurs produits et grandir. L’agriculture, la transformation locale des minerais, le numérique, le bâtiment, les transports et les industries culturelles peuvent devenir de véritables moteurs d’emplois.
Le défi de Félix Tshisekedi sera de relier la formation professionnelle aux besoins réels des provinces. Former des jeunes sans investissements productifs crée de la frustration. Attirer des investisseurs sans préparer la main-d’œuvre congolaise crée une croissance qui profite trop peu à la population.
2. Le pouvoir d’achat : le véritable test du quotidien
Le pouvoir d’achat reste probablement le critère le plus immédiat pour juger l’action publique. Une hausse de salaire perd une grande partie de sa valeur lorsque les prix des aliments, du transport, du logement ou de l’électricité augmentent plus rapidement.
Lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026, la Présidence a notamment mis en avant la réduction de l’impôt professionnel sur les rémunérations pour certaines catégories, l’amélioration des salaires des agents de l’État et la baisse de certains prix. Ces mesures peuvent apporter un soulagement. Elles doivent toutefois être accompagnées d’une politique de production locale, car un pays très dépendant des importations reste vulnérable aux variations du taux de change et aux crises extérieures.
Le succès ne se mesurera donc pas uniquement à la quantité de francs congolais versée chaque mois, mais à ce qu’un ménage peut réellement acheter avec cette somme.
3. La sécurité : la priorité qui conditionne toutes les autres
Dans l’Est de la RDC, la sécurité n’est pas une notion abstraite. Elle concerne la vie, le déplacement des familles, l’accès aux champs, la continuité de l’école et la possibilité de commercer. Tant que des territoires restent exposés aux groupes armés et aux déplacements massifs, le développement national demeure incomplet.
Félix Tshisekedi a renforcé la place de la souveraineté dans son discours. Cette orientation répond à une attente profonde : les Congolais veulent un État capable de protéger le territoire et la population. Mais une stratégie durable exige plusieurs instruments à la fois : une armée mieux organisée, une diplomatie ferme, une justice militaire crédible, la lutte contre les circuits économiques de la guerre et une prise en charge digne des populations déplacées.
La nouvelle doctrine de défense globale présentée en août 2026 insiste notamment sur l’anticipation, la souveraineté numérique et informationnelle, les solutions africaines et l’éthique républicaine. Son efficacité dépendra maintenant de son application concrète.
4. Diversifier l’économie pour sortir de la dépendance
La RDC possède des ressources minières stratégiques, mais l’exportation de matières premières ne suffit pas à construire une prospérité partagée. La diversification économique doit permettre au pays de transformer davantage sur place, de soutenir l’agriculture et de développer des chaînes de valeur congolaises.
Les partenariats internationaux peuvent fournir des capitaux, des technologies et des débouchés. Toutefois, ils doivent préserver les intérêts nationaux, favoriser l’emploi local et permettre un transfert de compétences. La coopération engagée avec la Tanzanie autour des infrastructures, des mines, de l’énergie et des données géologiques illustre cette volonté d’élargir les partenariats régionaux.
Un indicateur mérite néanmoins une attention particulière : selon une analyse de l’Inspection générale des finances relayée en août 2026, seulement 24,3 % d’un portefeuille de plus de 10,7 milliards de dollars de financements extérieurs auraient été absorbés. Ce faible niveau montre que le problème n’est pas toujours l’absence d’argent. Il réside aussi dans la préparation, l’exécution et le suivi des projets.
5. Les services de base : rendre l’État visible dans chaque territoire
L’école, la santé, l’eau, l’électricité et les routes déterminent directement la qualité de vie. La gratuité de l’enseignement primaire a marqué le premier mandat, même si la qualité des infrastructures, les effectifs et les conditions des enseignants restent des chantiers majeurs.
Le Programme de développement local des 145 territoires porte une ambition essentielle : réduire l’écart entre les grands centres urbains et les zones rurales. Des écoles, des centres de santé et des bâtiments administratifs sont annoncés ou construits dans plusieurs territoires. Pour convaincre, le gouvernement devra publier des données simples et vérifiables : projets prévus, ouvrages terminés, montants payés, entreprises responsables et services effectivement ouverts à la population.
Une infrastructure inachevée ne change pas la vie. Un bâtiment terminé mais dépourvu de personnel, d’eau ou de matériel ne constitue pas encore un service public fonctionnel.
6. L’efficacité de l’État : le cœur silencieux de la réussite
Le sixième engagement est peut-être le plus important, car il conditionne les cinq autres. Une décision présidentielle ne produit aucun résultat si l’administration tarde à l’exécuter. Un budget élevé ne garantit aucun développement lorsque les procédures sont lentes, les responsabilités floues et les contrôles insuffisants.
La loi de finances rectificative promulguée en août 2026 fixe le budget du pouvoir central à environ 50 866 milliards de francs congolais, contre plus de 54 335 milliards initialement. Dans un contexte de contraintes financières et sécuritaires, chaque dépense doit produire une utilité mesurable.
Félix Tshisekedi doit donc imposer une culture de résultats : objectifs publics, délais précis, responsables identifiés, évaluations régulières et sanctions en cas d’échec injustifié. La population ne peut pas attendre indéfiniment que les rivalités administratives ou politiques ralentissent les projets.
Un bilan crédible doit reconnaître les progrès et les retards
Défendre le bilan du président ne signifie pas nier les difficultés. Une communication crédible doit présenter les avancées, expliquer les blocages et reconnaître les retards. C’est ainsi que le pouvoir peut construire une relation plus solide avec les citoyens.
Les six engagements forment une architecture cohérente. L’emploi soutient le pouvoir d’achat. La sécurité permet l’investissement. La diversification crée des revenus. Les services de base renforcent le capital humain. L’efficacité de l’État transforme enfin les ressources en résultats.
En 2026, Félix Tshisekedi dispose encore du temps nécessaire pour accélérer son programme. Mais ce temps doit être utilisé avec méthode. Les Congolais attendent moins de nouvelles promesses que des preuves visibles, province par province et territoire par territoire.
La réussite du second mandat dépendra d’une question simple : les engagements présidentiels auront-ils amélioré de façon mesurable la vie du citoyen ordinaire ?
Sources
- Présidence de la RDC – Les six engagements du second mandat
- Présidence de la RDC – Conférence de presse du 6 mai 2026
- Présidence de la RDC – Doctrine de défense globale
- Actualite.cd – Financements extérieurs et capacité d’absorption
- Actualite.cd – Loi de finances rectificative 2026
Analyse de la rédaction – un regard sur l’action publique, la souveraineté et le développement de la République démocratique du Congo.
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