RDC–Tanzanie : Félix Tshisekedi veut transformer les minerais africains en emplois et en industrie


La visite de Félix Tshisekedi en Tanzanie, les 17 et 18 août 2026, a replacé une question essentielle au centre du débat africain : pourquoi les pays riches en ressources continuent-ils d’exporter leurs matières premières avant de racheter des produits transformés beaucoup plus chers ? Entre minerais critiques, infrastructures, énergie et sécurité, Kinshasa et Dodoma veulent ouvrir une coopération plus stratégique.

La République démocratique du Congo et la Tanzanie partagent davantage qu’une frontière. Les deux pays appartiennent à la Communauté de développement de l’Afrique australe, entretiennent des échanges commerciaux et disposent d’intérêts communs dans les transports, les mines, l’énergie et la sécurité régionale.

À Zanzibar, Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan ont annoncé leur volonté de redynamiser la Commission permanente conjointe. Les discussions ont notamment porté sur un partenariat relatif aux minéraux critiques, l’échange de données géologiques, ainsi que l’évaluation de projets dans le pétrole et le gaz.

Sortir du rôle de simple fournisseur de matières premières

Le message économique du président congolais a été clair : l’Afrique ne peut plus rester uniquement une terre d’extraction. La RDC fournit au monde des ressources indispensables aux batteries, aux véhicules électriques et aux technologies modernes. Pourtant, une grande partie de la valeur ajoutée est créée ailleurs.

Transformer davantage les minerais en Afrique permettrait de créer des emplois industriels, de développer des compétences techniques, d’augmenter les recettes publiques et de construire des entreprises locales. Cette stratégie correspond à l’engagement présidentiel en faveur d’une économie congolaise plus diversifiée et plus compétitive.

Mais la transformation locale ne se décrète pas. Elle exige une énergie disponible et abordable, des routes fiables, des voies ferrées, des ports, une fiscalité stable et une main-d’œuvre qualifiée. Sans ces éléments, les investisseurs continueront à privilégier l’exportation du minerai brut.

La Tanzanie, une porte logistique stratégique

Pour la RDC, la Tanzanie représente un accès essentiel à l’océan Indien. Le port de Dar es-Salaam et les corridors de transport peuvent faciliter les importations et les exportations des provinces orientales et du sud-est congolais.

Une coopération renforcée peut réduire les coûts logistiques, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et accélérer le commerce régional. Elle peut aussi compléter les autres grands corridors soutenus par Kinshasa. La RDC ne doit pas dépendre d’une seule voie de sortie : diversifier ses corridors renforce sa souveraineté économique.

Cette ambition nécessite toutefois des investissements coordonnés. Construire une route sans poste frontalier efficace, une voie ferrée sans connexion aux zones industrielles ou un port sans procédures douanières modernes produit des résultats limités. Les deux gouvernements devront travailler sur l’ensemble de la chaîne.

Les minéraux critiques au cœur du partenariat



Le partenariat annoncé sur les minéraux critiques peut devenir l’élément le plus important de cette coopération. La transition énergétique mondiale augmente la demande de cuivre, de cobalt et d’autres ressources stratégiques. La RDC possède donc un pouvoir économique considérable, à condition de mieux organiser son offre.

L’échange de données géologiques avec la Tanzanie peut aider à mieux comprendre les ressources disponibles et à développer des projets régionaux. Mais ces données constituent un patrimoine sensible. Leur collecte, leur conservation et leur utilisation doivent respecter les intérêts stratégiques du pays.

La gouvernance est tout aussi importante. En juillet 2026, Félix Tshisekedi a demandé la fin de la militarisation illégale des sites miniers, soulignant les risques de fraude, de contrebande, d’extorsion et d’insécurité. Une industrie minière compétitive exige une traçabilité crédible, des règles stables et une protection réelle des communautés.

Transformer les minerais tout en protégeant les populations

L’industrialisation ne doit pas reproduire les erreurs de l’extraction ancienne. Les habitants vivant près des mines doivent bénéficier de routes, d’écoles, de centres de santé, d’eau potable et d’emplois décents. Les entreprises doivent également réparer les dommages environnementaux et respecter les normes nationales.

La transformation locale n’aura de sens que si elle améliore la vie dans les provinces productrices. Une usine qui exporte toute sa valeur, emploie peu de Congolais et pollue son environnement ne représente pas un développement durable.

L’État doit donc négocier des engagements mesurables : pourcentage d’emplois locaux, formation des ingénieurs, achats auprès des entreprises congolaises, transfert de technologies, fiscalité transparente et fonds de développement communautaire.

L’énergie, condition incontournable de l’industrie

Félix Tshisekedi a reconnu que l’accès à l’énergie constitue l’un des principaux défis. Les installations de transformation minière consomment beaucoup d’électricité. La RDC possède un potentiel hydroélectrique exceptionnel, mais une grande partie de la population et des entreprises reste insuffisamment desservie.

Le partenariat avec la Tanzanie peut donc intégrer des interconnexions électriques, des projets énergétiques communs et des investissements privés mieux encadrés. L’énergie doit servir simultanément l’industrie et les ménages. Une politique qui alimente les mines tout en laissant les communautés voisines dans le noir serait difficilement acceptable.

Des annonces aux projets vérifiables

Les rencontres présidentielles créent une impulsion politique. La Commission permanente conjointe devra maintenant transformer cette impulsion en calendrier de travail. Chaque projet devrait préciser son financement, ses responsables, ses délais et les résultats attendus.

Le Parlement, la société civile et les médias ont également un rôle de contrôle. Les conventions stratégiques ne doivent pas rester opaques. La publication d’informations essentielles renforce la confiance et réduit les soupçons de contrats déséquilibrés.

Une diplomatie économique tournée vers la valeur ajoutée

La démarche de Félix Tshisekedi en Tanzanie s’inscrit dans une diplomatie qui veut utiliser les ressources congolaises comme levier de développement. Le principe est pertinent : la RDC ne doit plus seulement vendre ce qu’elle extrait, mais produire, transformer et négocier avec une vision industrielle.

La réussite dépendra néanmoins de la capacité du gouvernement à coordonner les infrastructures, l’énergie, la formation, la gouvernance minière et le commerce. Un partenariat stratégique se juge aux usines créées, aux emplois ouverts, aux coûts de transport réduits et aux recettes réellement investies dans la population.

La richesse du sous-sol peut soutenir la puissance du pays, mais seulement lorsque l’État transforme ses ressources en compétences, en industrie et en dignité économique.

Sources

Analyse de la rédaction – diplomatie économique, industrialisation et souveraineté de la République démocratique du Congo.

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