Est de la RDC : la sécurité est-elle devenue le plus grand échec politique du mandat Tshisekedi ?


En 2019, Félix Tshisekedi avait placé la paix dans l’Est au cœur de sa promesse présidentielle. Sept ans plus tard, Goma et Bukavu ont subi l’avancée de l’AFC/M23, des groupes armés continuent de tuer et de déplacer des civils, tandis que les accords diplomatiques peinent à produire une paix visible. La question n’est donc plus de savoir si la sécurité est une faiblesse du mandat, mais si elle en constitue désormais le plus grand échec politique.

Une promesse qui engageait directement le chef de l’État

La sécurité n’était pas une promesse secondaire. Félix Tshisekedi avait lié sa légitimité à la restauration de l’autorité de l’État et au retour de la paix. À partir de ce choix, chaque territoire perdu, chaque massacre non empêché et chaque nouveau déplacement de population devient aussi un jugement sur l’action présidentielle.

Il serait injuste de faire commencer la guerre en 2019. Les causes du conflit sont anciennes : faiblesse de l’État, rivalités régionales, circulation des armes, exploitation illicite des minerais et présence durable de groupes armés. Mais le temps écoulé oblige à mesurer les résultats, pas seulement les intentions.

L’état de siège n’a pas apporté le basculement attendu

Décrété en mai 2021 au Nord-Kivu et en Ituri, l’état de siège devait permettre une réponse plus rapide et plus ferme. Les autorités civiles ont été remplacées par des responsables militaires et policiers. Cette mesure exceptionnelle devait reprendre l’initiative face aux groupes armés.

Or, son prolongement répété n’a pas produit la rupture promise. Les violences ont continué et les critiques se sont multipliées sur les abus, les arrestations et l’absence d’un contrôle démocratique suffisant. Une mesure d’urgence qui dure plusieurs années sans restaurer durablement la sécurité finit par ressembler moins à une solution qu’à l’aveu d’une stratégie inachevée.

Goma et Bukavu : un choc politique et symbolique

L’entrée de l’AFC/M23 à Goma en janvier 2025, puis à Bukavu en février, a constitué un tournant. Il ne s’agissait plus seulement d’attaques dans des zones rurales : deux capitales provinciales majeures ont échappé au contrôle effectif de Kinshasa. Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné l’offensive du M23 soutenue par les Forces de défense rwandaises et exigé son retrait.

Cette dimension extérieure est essentielle. La RDC ne fait pas face à une simple rébellion intérieure, et le soutien rwandais documenté change le rapport de force. Mais cette réalité n’efface pas la responsabilité politique de Kinshasa : préparer l’armée, protéger les villes, coordonner le commandement et anticiper les offensives relèvent de l’État.

La diplomatie a isolé les agresseurs, sans encore libérer le terrain

Le pouvoir de Félix Tshisekedi a obtenu des résultats diplomatiques réels. La résolution 2773 du Conseil de sécurité a renforcé la position juridique et politique de la RDC. Les processus de Washington et de Doha ont également maintenu la crise congolaise à l’agenda international.

Mais une victoire diplomatique ne remplace pas une victoire sécuritaire. En août 2026, les négociations ont encore produit une feuille de route et un mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Pourtant, les Nations unies insistent sur la nécessité de transformer les engagements en protection concrète des civils, en accès humanitaire et en retour effectif de l’autorité de l’État.

Le premier devoir reste la protection des civils

Le bilan d’une politique sécuritaire ne doit pas être évalué uniquement par le nombre de sommets, de communiqués ou d’opérations. Il se mesure dans la vie quotidienne : un agriculteur peut-il rejoindre son champ ? Une famille déplacée peut-elle rentrer ? Une femme peut-elle circuler sans craindre les violences sexuelles ? Un enfant peut-il aller à l’école ?

Tant que la réponse reste négative pour des millions de Congolais, le pouvoir ne peut pas revendiquer une réussite. Les civils ne demandent pas seulement que leur souffrance soit dénoncée ; ils attendent que l’État la réduise.

Un échec de résultat, mais pas une responsabilité solitaire

Dire que la sécurité est le plus grand échec politique du mandat ne signifie pas que Félix Tshisekedi est l’unique responsable du conflit. La crise implique le Rwanda, l’AFC/M23, les ADF, d’autres groupes armés, des réseaux économiques clandestins, une armée fragilisée depuis des décennies et une communauté internationale longtemps incohérente.

Mais le président demeure comptable des choix de commandement, des nominations, de la lutte contre la corruption militaire, de la discipline des forces, de la protection des civils et du suivi des accords. L’héritage explique une partie du problème ; il ne peut pas devenir une excuse permanente.

Ce qui pourrait encore changer le jugement

Le mandat n’est pas terminé. La nouvelle doctrine de défense annoncée en 2026 peut ouvrir une voie si elle devient opérationnelle : renseignement moderne, logistique fiable, chaîne de commandement claire, meilleure condition du soldat, sanctions contre les détournements, coopération régionale maîtrisée et contrôle parlementaire.

Trois résultats seraient décisifs : faire respecter un cessez-le-feu vérifiable, rétablir progressivement l’autorité de l’État dans les zones occupées et placer la protection des populations au-dessus des calculs politiques. Sans cela, les réformes resteront des textes.

Probablement le plus grand échec politique à ce stade

À ce stade, oui : la sécurité dans l’Est apparaît comme le plus grand échec politique du mandat Tshisekedi. Non parce que le président aurait créé la guerre, mais parce qu’il avait fait de la paix une promesse centrale et que la situation s’est aggravée jusqu’à la perte de grandes villes et à la poursuite d’une crise humanitaire massive.

Ce jugement peut encore évoluer. Il dépendra moins des discours que de trois preuves visibles : des territoires réellement sécurisés, des civils effectivement protégés et des déplacés capables de rentrer chez eux. La paix sera la mesure finale.

Sources : Conseil de sécurité de l’ONU, résolution 2773 ; Actualite.cd, processus de Doha ; Conseil de sécurité, situation en mars 2026.

Commentaires