Félix Tshisekedi et l’économie : la RDC est-elle réellement plus forte qu’en 2019 ?


La RDC de 2026 affiche une économie plus grande, des exportations minières plus élevées et des réserves de change renforcées. Pourtant, une grande partie de la population ne ressent pas cette puissance dans son panier, son emploi ou l’accès aux services publics. Pour évaluer le bilan économique de Félix Tshisekedi, il faut distinguer la solidité des chiffres de la transformation réelle de la vie des Congolais.

Une économie devenue nettement plus grande

En dollars courants, le produit intérieur brut de la RDC est passé d’environ 47 milliards en 2019 à plus de 90 milliards en 2025 selon les données de la Banque mondiale. Le budget de l’État et les recettes publiques ont aussi progressé. Sur le plan de la taille économique, la RDC est donc incontestablement plus forte qu’au début du premier mandat.

Mais une comparaison en dollars courants doit être interprétée avec prudence : elle tient compte des prix, du taux de change et de l’expansion de la production. Elle ne signifie pas que le niveau de vie de chaque citoyen a doublé.

Une croissance résistante malgré la guerre

Le FMI projette une croissance réelle de 5,6 % en 2026, après 5,7 % en 2025. L’institution estime aussi que les activités hors mines pourraient croître de 5,2 % en 2026, soutenues par la construction, les services et l’agriculture. Ces performances sont importantes dans un pays qui finance une guerre coûteuse dans l’Est et subit un environnement international instable.

Les réserves de change ont atteint 8,8 milliards de dollars à fin mars 2026. Le taux de change est resté globalement stable depuis fin 2025 et l’inflation a fortement ralenti. Cette stabilité macroéconomique est un acquis du mandat qu’il serait malhonnête d’ignorer.

Le moteur minier reste à la fois une force et une fragilité

La croissance demeure largement portée par le cuivre et le cobalt. Cela fournit des devises, des recettes et une place stratégique à la RDC dans la transition énergétique mondiale. Mais cette concentration rend l’économie vulnérable aux cours internationaux, aux décisions des grands opérateurs et aux tensions commerciales.

La Banque mondiale souligne que l’expansion reste concentrée dans des secteurs extractifs très capitalistiques. Autrement dit, la production peut augmenter rapidement sans créer assez d’emplois pour une population jeune qui grandit encore plus vite.

La stabilité n’est pas encore devenue pouvoir d’achat

Un franc plus stable et une inflation plus faible soulagent les ménages, mais ils n’effacent pas les hausses antérieures des prix. Pour une famille, ce qui compte est le coût cumulé de la nourriture, du logement, du transport, de l’école et des soins. Le ralentissement de l’inflation signifie que les prix augmentent moins vite ; il ne signifie pas qu’ils sont revenus à leur niveau de 2019.

Le PIB par habitant reste faible et la pauvreté demeure massive. L’économie nationale peut donc apparaître plus solide pendant que la majorité des citoyens continue de vivre dans la précarité. C’est le principal paradoxe du bilan.

Des progrès publics, mais un État encore trop faible


Le pouvoir met en avant la gratuité de l’enseignement primaire, l’augmentation des rémunérations de certaines catégories publiques, les infrastructures et la couverture santé universelle. Ces politiques ont une portée sociale réelle lorsqu’elles sont correctement financées et exécutées.

Mais les besoins restent immenses. L’insuffisance des routes, de l’électricité, de l’eau et de l’administration réduit le rendement de chaque investissement. La corruption, les exonérations mal contrôlées et la faiblesse des entreprises publiques limitent encore les ressources que l’État peut transformer en services.

La guerre absorbe une partie du progrès

La crise sécuritaire impose davantage de dépenses militaires et perturbe l’agriculture, le commerce et la fiscalité dans l’Est. Elle décourage l’investissement et détruit du capital humain. Une économie ne peut pas être pleinement forte lorsqu’une partie de son territoire échappe à l’autorité de l’État et que des millions de personnes sont déplacées.

Le bilan économique de Tshisekedi est donc inséparable de son bilan sécuritaire. Chaque progrès macroéconomique est plus fragile tant que la paix n’est pas rétablie.

Que faudrait-il pour parler d’une économie réellement forte ?

La prochaine étape doit être une croissance plus inclusive : transformer davantage les minerais sur place, soutenir les PME congolaises, développer l’agriculture, fiabiliser l’électricité et relier les provinces par des corridors utiles aux producteurs locaux. L’État doit également publier les contrats, améliorer le recouvrement fiscal et évaluer les projets selon leurs résultats.

La vraie puissance ne sera pas seulement un PIB plus élevé. Elle se verra dans des emplois formels, une meilleure productivité, des écoles de qualité, des centres de santé équipés et un revenu par habitant qui progresse durablement.

Conclusion : plus forte dans les chiffres, pas encore dans tous les foyers

Oui, la RDC est économiquement plus grande et plus résistante qu’en 2019. Le maintien d’une croissance supérieure à 5 %, le renforcement des réserves et le recul de l’inflation constituent des résultats sérieux. Félix Tshisekedi peut les inscrire à son bilan.

Mais la RDC n’est pas encore assez forte pour la majorité de ses citoyens. La pauvreté, le chômage informel, le déficit d’infrastructures et la dépendance minière empêchent la croissance de devenir une prospérité partagée. Le verdict le plus juste est donc double : le cadre macroéconomique s’est renforcé, mais la transformation sociale reste inachevée.

Sources : FMI, indicateurs économiques 2026 ; Banque mondiale, mise à jour économique de mars 2026 ; Banque mondiale, aperçu de la RDC.

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