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En visite de travail en Israël, Félix Tshisekedi a rencontré, le 1er septembre 2026 à Jérusalem, le président Isaac Herzog et le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Sécurité, défense, agriculture, eau, santé, énergie, infrastructures et hautes technologies figuraient au programme. Derrière cette séquence diplomatique, une question demeure : la RDC saura-t-elle transformer le rapprochement politique en projets concrets pour sa population ?
Une visite officielle confirmée, au-delà du symbole
Félix Tshisekedi est arrivé en Israël le lundi 31 août 2026, à l’invitation de son homologue Isaac Herzog. Il s’agissait de son deuxième déplacement officiel dans le pays depuis 2021. Le lendemain, le chef de l’État congolais a tenu à Jérusalem deux séries d’entretiens de haut niveau : l’une avec Isaac Herzog, l’autre avec Benjamin Netanyahou.
Selon la Présidence congolaise, les échanges avec le Premier ministre israélien ont porté sur la sécurité, la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies. Avec Isaac Herzog, les discussions ont également concerné la sécurité alimentaire, l’eau, la santé, la formation, l’innovation et l’investissement.
Ces thèmes correspondent à plusieurs fragilités structurelles de la RDC. Le pays dispose d’immenses ressources naturelles et agricoles, mais reste confronté à l’insécurité dans l’Est, à un déficit d’infrastructures, à un accès insuffisant à l’électricité et à l’eau potable, ainsi qu’à une faible transformation technologique de son économie.
RDC–Israël : les secteurs placés au centre du rapprochement
Les informations officiellement publiées permettent d’identifier huit grands domaines de coopération potentielle :
- la sécurité et la défense ;
- l’agriculture et la sécurité alimentaire ;
- la gestion de l’eau ;
- la santé ;
- l’énergie et les infrastructures ;
- les technologies et l’innovation ;
- la formation professionnelle ;
- l’investissement.

À ce stade, les communiqués consultés ne donnent toutefois ni montant d’investissement, ni calendrier d’exécution, ni liste détaillée de contrats signés. La visite constitue donc une étape politique importante, mais ses résultats devront être mesurés à travers les projets effectivement lancés en RDC.
Sécurité et défense : un enjeu prioritaire pour Kinshasa
Le volet sécuritaire attire naturellement l’attention. La RDC reste confrontée aux violences de groupes armés, aux déplacements massifs de civils et à la nécessité de renforcer ses capacités de renseignement, de surveillance et de protection du territoire.
Israël possède une expérience reconnue dans les technologies de sécurité, la cybersécurité, la protection des infrastructures sensibles et la formation spécialisée. Une coopération bien encadrée pourrait aider la RDC à améliorer certains outils techniques, la collecte d’informations, la sécurisation des frontières ou encore la protection de sites stratégiques.
Il serait néanmoins prématuré d’affirmer que des drones, des systèmes de surveillance ou des équipements militaires ont déjà été commandés. Aucun détail de cette nature n’a été rendu public dans les comptes rendus officiels de la visite. Le véritable enjeu sera donc de connaître la forme exacte du partenariat, son coût, ses bénéficiaires et les garanties prévues pour protéger la souveraineté nationale, les libertés publiques et les données sensibles.
La technologie ne peut pas, à elle seule, résoudre l’insécurité dans l’Est. Elle doit accompagner une armée mieux organisée, une chaîne de commandement responsable, une justice militaire fonctionnelle, une diplomatie régionale cohérente et une politique de protection des populations civiles.
Agriculture et eau : le potentiel le plus directement utile à la population
La coopération agricole pourrait produire des effets visibles plus rapidement si elle est orientée vers les besoins congolais. Israël a développé des solutions avancées dans l’irrigation, l’économie d’eau, la culture sous serre, le suivi des sols et l’agriculture de précision.
La RDC se trouve dans une situation presque inverse : elle dispose de vastes terres arables, d’importantes ressources en eau et d’un climat favorable, mais elle continue d’importer une partie considérable de son alimentation. Le problème congolais n’est donc pas seulement le manque de terres. Il concerne aussi l’accès aux semences, au financement, aux routes de desserte agricole, aux entrepôts, à l’électricité et aux marchés.
Un partenariat crédible devrait aller au-delà de l’achat de matériels. Il pourrait inclure des centres pilotes d’irrigation, la formation d’agronomes congolais, l’accompagnement de coopératives, la conservation des récoltes et la création de petites unités locales de transformation. L’objectif doit être clair : produire davantage en RDC, réduire les pertes agricoles, créer des emplois ruraux et diminuer la dépendance alimentaire.
Technologies, formation et investissement : éviter une coopération à sens unique
Israël est connu pour son écosystème de startups et sa capacité à transformer la recherche en solutions commerciales. Pour la RDC, le rapprochement peut ouvrir des possibilités dans le numérique, la santé, l’énergie, l’administration électronique et la formation technique.
Mais la réussite ne se mesurera pas au nombre de délégations reçues ou de protocoles annoncés. Elle dépendra du transfert réel de compétences. Les partenariats devraient associer les universités congolaises, les centres de formation, les entreprises locales et les jeunes entrepreneurs.
Kinshasa devra aussi négocier des conditions qui favorisent la création de valeur sur le territoire national. Une coopération stratégique ne devrait pas se limiter à importer des technologies étrangères. Elle devrait permettre à des Congolais de les comprendre, de les entretenir, de les adapter et, à terme, d’en développer eux-mêmes.
Une diplomatie congolaise qui diversifie ses partenaires
Cette visite s’inscrit dans un rapprochement engagé depuis plusieurs années. En septembre 2023, Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahou s’étaient rencontrés en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. En novembre 2025, Isaac Herzog s’était rendu à Kinshasa. La rencontre de Jérusalem prolonge donc une relation déjà relancée au plus haut niveau.
Pour la RDC, l’intérêt est de diversifier ses partenariats au-delà de ses interlocuteurs traditionnels en Europe, en Amérique, en Chine ou dans la région africaine. Cette ouverture peut renforcer sa marge de négociation, à condition que chaque alliance repose sur des priorités nationales précises et ne devienne pas une simple accumulation de promesses.
La RDC doit chercher des partenariats capables de répondre à ses besoins, tout en conservant une diplomatie indépendante. Dans un contexte international très polarisé, le gouvernement devra également expliquer clairement ses choix et maintenir une position cohérente sur le droit international, la protection des civils et la recherche de la paix.
Le passage de Tshisekedi au mémorial de Yad Vashem
Avant ses rencontres politiques, Félix Tshisekedi s’est recueilli au mémorial de Yad Vashem, consacré à la mémoire des six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah. Il a visité le Musée de l’Histoire de la Shoah et la Salle des Noms, déposé une couronne de fleurs et ravivé la Flamme du Souvenir.
La Présidence congolaise a présenté ce geste comme l’expression de l’engagement de la RDC contre l’antisémitisme, le génocide et toutes les formes de haine. Félix Tshisekedi s’était déjà rendu à Yad Vashem en 2021.

Quels résultats les Congolais doivent-ils attendre ?
La déclaration la plus importante de cette visite est peut-être celle par laquelle Félix Tshisekedi a affirmé vouloir un partenariat évalué à partir de sa mise en œuvre et de ses résultats. Cette exigence doit maintenant devenir une méthode de travail.
Pour juger l’efficacité du rapprochement entre la RDC et Israël, cinq indicateurs seront essentiels :
- la publication d’accords précis, avec des objectifs et des calendriers ;
- le lancement de projets visibles dans les provinces congolaises ;
- la formation de techniciens, d’agronomes et d’entrepreneurs congolais ;
- la création d’emplois et d’activités économiques locales ;
- la transparence sur les financements et les contrats, particulièrement dans le domaine sécuritaire.
Sans ces éléments, la visite restera une réussite diplomatique d’image. Avec des engagements suivis, des financements identifiés et des projets contrôlables, elle pourrait en revanche devenir un levier de modernisation.
Conclusion : une ouverture prometteuse, mais encore à concrétiser
La visite de Félix Tshisekedi à Jérusalem confirme la volonté de la RDC de renforcer et de diversifier ses alliances. Les secteurs retenus sont stratégiques et répondent à des besoins réels : sécurité, agriculture, eau, santé, infrastructures, énergie, technologies, formation et investissement.
Mais l’essentiel commence après les rencontres officielles. Le défi pour Kinshasa sera de transformer les déclarations en programmes financés, les accords en réalisations et la coopération internationale en compétences durables pour les Congolais.
Le partenariat RDC–Israël peut devenir utile. Sa valeur ne se mesurera toutefois ni aux photos ni aux discours, mais aux résultats obtenus sur le terrain.
Sources consultées : Présidence de la République démocratique du Congo, ministère israélien des Affaires étrangères et Radio Okapi. Consultées le 2 septembre 2026.
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