- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Tshisekedi face aux minerais : la RDC peut-elle enfin arrêter de vendre ses richesses à l’état brut ?
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Analyse de la rédaction: La RDC extrait une grande partie du cobalt mondial et figure parmi les premiers producteurs de cuivre, mais l’essentiel de la valeur industrielle se crée encore ailleurs. Félix Tshisekedi affirme que l’époque de l’exportation brute doit prendre fin. L’ambition est juste. La question décisive est désormais de savoir si le pays dispose d’une stratégie assez concrète pour passer du slogan à l’usine.
Un géant minier qui capte trop peu de valeur
La RDC occupe une position unique dans les minerais critiques. Pourtant, extraire du minerai ou produire un concentré ne représente que les premières étapes d’une longue chaîne. Le raffinage, les précurseurs de batteries, les composants, les câbles et les produits finis créent davantage de valeur, de technologie et d’emplois.
Le paradoxe congolais est connu : le sous-sol alimente l’industrie mondiale, tandis que le pays importe une grande partie des produits fabriqués avec ses propres ressources. Sortir de ce modèle est une question de souveraineté économique.
Le discours de Tshisekedi marque une orientation claire
En juin 2026, Félix Tshisekedi a de nouveau appelé à des partenariats fondés sur la transformation locale, les chaînes de valeur et la création d’emplois. Cette orientation apparaît aussi dans le projet régional de batteries avec la Zambie, dans les zones économiques spéciales et dans la volonté de faire des corridors de transport des axes de production plutôt que de simples routes d’évacuation.
Le mérite politique est d’avoir placé la valeur ajoutée locale au centre du débat. Mais annoncer la fin des exportations brutes ne suffit pas : les entreprises investissent là où l’électricité, la logistique, le financement, le droit et les compétences sont disponibles.
![]() |
L’électricité est le premier verrou industriel
Le raffinage et la métallurgie consomment beaucoup d’énergie. Or, les mines subissent déjà des déficits d’électricité et recourent parfois à des solutions coûteuses. Sans une alimentation abondante, stable et compétitive, la RDC ne pourra pas accueillir à grande échelle les usines qu’elle réclame.
La priorité doit donc être très concrète : réhabiliter les centrales et les réseaux, ouvrir de manière transparente la production aux investisseurs, sécuriser les lignes industrielles et développer des solutions énergétiques décentralisées. L’industrialisation minière commence par le mégawatt.
Commencer par les étapes réalistes
Vouloir fabriquer immédiatement une batterie complète serait spectaculaire, mais risqué. Une étude de la Banque mondiale estime que la fabrication de fils et câbles de cuivre est déjà techniquement et économiquement envisageable en RDC et demande moins d’énergie que la fonte ou le raffinage. Les précurseurs à base de cobalt constituent une autre étape utile, même si le passage jusqu’aux cellules de batteries exige davantage de compétences et de capitaux.
La bonne stratégie consiste à monter progressivement la chaîne : meilleure concentration, raffinage ciblé, fils et câbles, précurseurs, composants, puis produits plus complexes dans un cadre régional. Chaque étape doit créer des fournisseurs congolais et transférer des compétences.
Les quotas de cobalt : un levier, pas une politique industrielle complète
Après l’interdiction temporaire d’exporter du cobalt en 2025, la RDC a instauré des quotas. En juin 2026, le régulateur ARECOMS a annoncé que les quotas non utilisés seraient récupérés et affectés notamment à des projets d’intérêt national, dont la transformation locale. Cette politique montre que Kinshasa veut peser sur un marché où il occupe une place dominante.
Mais limiter l’offre peut soutenir les prix sans créer automatiquement une usine. Les quotas doivent être reliés à des obligations vérifiables : investissements locaux, calendrier de transformation, emplois, formation, contenu local et transparence des bénéficiaires. Sinon, ils resteront un outil commercial plutôt qu’un moteur d’industrialisation.
La gouvernance décidera qui profite de la transformation
Transformer localement n’a de sens que si la valeur revient davantage au pays. Les contrats opaques, la fraude, la contrebande et la militarisation illégale de certains sites miniers réduisent les recettes et affaiblissent la confiance. La traçabilité du cobalt artisanal est aussi indispensable pour protéger les travailleurs et accéder aux marchés exigeants.
L’État doit publier les accords, contrôler les avantages fiscaux, renforcer les régulateurs et sanctionner les réseaux de fraude, y compris lorsqu’ils bénéficient de protections politiques ou militaires. Une usine sans gouvernance pourrait déplacer la rente sans la partager.
La RDC ne peut pas tout faire seule
Les batteries exigent plusieurs minerais, une technologie évolutive et un vaste marché. Une chaîne régionale avec la Zambie et d’autres pays d’Afrique australe est donc plus réaliste qu’un modèle entièrement national. La RDC peut apporter ses minerais, son potentiel hydroélectrique et son marché ; ses partenaires peuvent compléter par d’autres métaux, des infrastructures, des capitaux et des débouchés.
Ces partenariats doivent cependant éviter un nouveau schéma d’extraction. Ils doivent fixer clairement la localisation des usines, la part d’emplois congolais, le transfert technologique, la participation des entreprises locales et les normes environnementales.
Conclusion : oui, mais par une politique d’usines, pas par un décret
La RDC peut réduire fortement la vente de ses richesses à l’état brut. Elle possède la ressource, une position stratégique et une volonté politique désormais affirmée. Mais elle ne peut pas interdire du jour au lendemain toute exportation sans risquer de bloquer des recettes essentielles.
La réussite de Félix Tshisekedi se mesurera à cinq résultats : plus d’électricité, des usines réellement opérationnelles, des contrats transparents, des emplois qualifiés congolais et une progression visible de la part de produits transformés. Si ces conditions sont réunies, les minerais pourront enfin devenir le socle d’une puissance industrielle. Sinon, la promesse restera une nouvelle version du vieux rêve congolais.
Sources : Banque mondiale, cobalt et transformation ; Banque mondiale, chaînes de valeur cuivre et batteries ; CEA, zone économique spéciale pour les batteries ; Reuters, quotas d’exportation du cobalt.
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications



Commentaires
Enregistrer un commentaire